Maison d'Edition de la Franc-maçonnerie

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Le pacte et le lien

"La fraternité" Jacques Fontaine - illustrations : Mucha


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La Franc-maçonnerie propose déjà, et elle le fera de plus en plus, une voie de réalisation spirituelle. C’est une merveille ! Braquons la lumière sur quatre caractéristiques, celles qui font d’elle une quête sans précédent ni apparentement

     Notre voie entrecroise et conjugue deux trajets. L’instantanéité d’abord.  En deux tenues, l’Initiation et l’Élévation, voici un rite de passage. Déployé en toutes les phases qu’un Dogon, un adepte de Mithra et un aborigène australien reconnaîtraient, en spontanéité et en familiarité. Ce sont deux voyages ponctuels, chez nous, dans les mystères de l’abord des degrés d’Apprenti et de Maître. Tout y est, pour que nous soyons des femmes et des hommes hardis, en route pour dissiper les ténèbres, les nôtres et, par capillarité, celles des autres aussi.

     La durée que nous étirons le long de notre vie d’initié(e) ensuite. Car la voie, c’est aussi, un parcours de sagesse qui se résout peut être, à la sortie de la vie. De l’identité par le « Connais toi, toi-même », à l’union sidérale par la voûte étoilée.

 

     Nous sommes aux commandes d’un grand navire initiatique. Le rite pour la coque, la Loge pour l’énergie et la foi initiatique comme étrave. Il nous est enjoint de le gouverner au 50/50.

     Le Maçon assidu, qui s’approfondit par l’introspection et par le regard en miroir des ses Frères, de ses Sœurs, ne fait que la moitié du chemin. Pour que le « maître de lumière » jaillisse à l’horizon, l’initié(e), doit aussi investir le forum profane. Pour que la fraternité devienne solidarité, pour que l’écoute se mue en tolérance, et pour que la bienveillance rayonne dans l’engagement respectueux de l’humain en son espèce.

 

     La descente en soi, voilà le départ des parcours de sagesse. Par la méthode Maçonnique, nous apprenons à nous hasarder aux lisières des choses secrètes et de nos motifs cachés. Par le rite, les mythes et les symboles, nous creusons dans l’épaisseur de la conscience, nous traversons les belles histoires qui nous camouflent et protègent, pour accéder à la lumière de nos vérités. Se connaître, voire se découvrir, par la médiation des rite, mythes et symboles ouvre les portes du temple intérieur.

 

S’il est une clef de voûte de la voie Maçonnique, celle qui répartit les forces des initiés(es) sur les arcs de la descente en soi et du rayonnement profane, c’est, sans conteste, la fraternité. Elle s’élève dès les parvis. Elle réconforte les attristés(es). Elle tend le miroir pour la descente. Elle réjouit par la douceur partagée. Elle nous enseigne la solidarité pour ailleurs.  Enfin elle nous octroie desparcelles de l’Amour spirituel.

  

     C’est en ôtant des morceaux de pierre que la statue prend forme. Faisons de même dans la voie spirituelle Maçonnique. Regardons, aventurons-nous à l’intérieur, sous les fastes erronés de la conscience. Là gisent des trésors supposés ou, le plus souvent, inattendus. La recherche, les études abondent depuis un peu plus d’un siècle, qui mettent en évidence le si puissant inconscient. Pressenti intuitivement depuis toujours, mais souvent négligé dans les propos des philosophes, et maquillé en diable dans les religions. Nul ne peut prétendre se connaître, s’il ne s’est pas hasardé, la lampe à la main, un peu hagard, dans les vastes contrées sombres, où se trouvent nos maitres, les pulsions entêtées, les désirs joyeux sans retenue, les refus et les résistances aussi. Mais jusqu’où la quête maçonnique entraîne-t-elle les volontaires ? Dans le monde le plus profond, celui de l’extrême, presque toujours indicible ? Non, cela n’est pas le propos de l’Ordre. Certes, le rite maçonnique, les mythes, les symboles sont une thérapie dans deux cas : en rétablissant des liens fraternels avec l’Autre, s’ils se sont corrodés, et en suggérant, pour les Frères, une sortie du complexe d’Œdipe, à l’élévation. Sinon, notre engagement initiatique nous mène jusqu’aux zones préconscientes, où nous sommes en mesure d’identifier nos émotions. C’est déjà considérable de parvenir à cette reconnaissance. Pouvoir se rendre compte que tel ou tel acte, tel ou tel mot, un signe qui nous interroge, jaillissent d’une émotion, d’un sentiment, d’une sensation : bref, d’un « affect » qui se révèle soudain. Prendre la perpendiculaire et descendre en soi.

 

     Se creuser la tête ? Certes ! Mais jusqu’où s’enfoncent ces « affects » ? Rejoignons les rives étranges et enchantées de nos vastes cavernes intérieures. Jusqu’aux rives de l’inconscient, à la lisière. Dans cette contrée encore accessible, si nous en faisons l’effort sur nous-mêmes, si nous parvenons à la sincérité et à la loyauté à notre égard. Nos anciens le pressentirent et déposèrent dans le rite, par pure intuition, tous les éléments nécessaires pour descendre dans notre crypte. Il nous revient de formaliser les outils, de tailler la pierre des techniques, de prendre le levier et de soulever le pavé mosaïque, pour découvrir la terre nourricière. Le matériel est à notre disposition : rite, mythes et symboles. A nous d’apprendre à nous en servir pour aller plus loin, jusqu’aux courants sous les vagues de la consciences.

 

     La Franc-maçonnerie ne renonce pas, pour autant, au travail de la conscience. La raison, prônée par une partie de nos ancêtres, voisina, sans heurts, avec les pratiques initiatiques mystérieuses. Les deux à la fois, et cela jusqu’à nous. Voici pourquoi. Les méthodes sont rationnelles, par exemple les techniques de prise de parole ou les techniques de dévoilement des symboles. Mais à un moment, la raison et son cortège de justifications commence à s’effacer devant l’émotion, la sensation et cède la place à l’intuition. C’est à ce prix qu’éclot, notre cohérence entre le flot et le flux, de la surface au centre. Pour un jour, peut être, fleurir en harmonie.

 

     Le rite Maçonnique, dans ses plus récentes évolutions, celles qui annoncent l’avenir, ne renonce pas aux données traditionnelles qui ont fixé les éléments de la doctrine spirituelle ; des questions tous azimut posées aux adeptes, qui veulent les entendre, et des réponses personnelles en liberté absolue de conscience. En particulier, le souci remarquable de faire alterner le travail rationnel et les jaillissements émotionnels des significations. Cerveau droit et cerveau gauche, disent certains(es). En cela le rite Maçonnique est résolument une gnose et non une mystique. Et c’est à cause de cette affectation que la Franc-maçonnerie ne saurait en rien, être tentée par des pratiques sectaires. Elles sont à l’opposé d’un chemin de gnose.

     Entendons le mot « gnose », plus qu’en son sens historique, dans son sens étymologique : « gnosis », soit « la connaissance ». Entendue par les anciens comme « la connaissance de soi ». Alors il devient plus aisé de caractériser notre Ordre, dans ses versions françaises, par rapport à d’autres pratiques.

 

     Par nature, la recherche de la connaissance, qui est le propre de la gnose, nous pousse à nous interroger sur nous-mêmes. De fait, de plus en plus de Loges redécouvrent que ce point est celui du début de la quête. Et que nous disposons des outils pour l’aborder qui ont été suscités par la gnose elle-même. Non point des incantations, pas plus que des mantras, mais des techniques rituelles précises : la prise de parole, le silence, le non-jugement, les apports sans dialogue… La raison est aux commandes, d’abord, et se met au service de l’intuition et de l’émotion, comme nous l’avons vu plus haut. Justement, à ce propos, qu’en est-il de la descente en soi ? Est-ce toujours une voie de gnose ? Oui et en voici le sens.

 

     La voie mystique est une plongée dans l’inconscient avec l’abandon corrélatif des supports de la conscience : volonté, jugement, décision, échanges… Ce renoncement peut aller jusqu’au largage des amarres dans la transe. La voie gnostique, elle, ouvre la porte opposée. Ici, la conscience explore, par l’usage des outils appropriés, les affects sous-jacents. Elle va cueillir dans le préconscient les fleurs des émotions profondes, des motifs des conduites, enfin des intuitions révélatrices. Les deux mouvements psychiques sont à l’inverse l’un de l’autre. Deux possibilités de réalisation spirituelle.

 

     Or la voie Maçonnique, en tant que gnose particulière, est, somme toute, assez récente si on la compare aux mysticismes. Elle s’est dessinée, en France, dès les premières décennies du XIXe siècle, cent ans après, environ, sa naissance officielle en Angleterre. Comme la Belle au bois dormant elle s’est éveillée dans sa forme spirituelle, en attendant le moment propice, essentiellement au début du siècle précédent. Depuis la Franc-maçonnerie de style français s’est affirmée comme rite de passage et parcours de sagesse réunis. Mais ses outils rationnels risquent d’être, aujourd’hui, obsolètes pour certains d’entre eux, pour le moins insuffisants.

 

     Les Cahiers Maçonniques, centrés sur le « comment ? » visent à pallier ces déficiences. Dans tous les cas, ils respectent les donnée rituelles et symboliques de la tradition.