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Le Parcours et le Frisson

"Vivre la Voie aujourd’hui" Par Jacques Fontaine - illustrations : Mucha


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Un malentendu ! Un regrettable malentendu ! C’était, et c’est toujours le cas, pour plusieurs d’entre nous. Voici l’affaire en quelques mots. Connaître la Franc-maçonnerie n’est pas vivre la Voie maçonnique. Accumuler les livres d’histoire sur l’Ordre, c’est comprendre ses évolutions et son organisation, obédiences et Loges. Mais la Voie, n’est pas un passé. Alors qu’expérimenter le silence en tenue, que l’on soit Apprenti(e) ou Maître, c’est ressentir et s’émouvoir. Les savoirs n’ont de saveur que cognitive ; le vécu boulange l’affect, les sensations et les émotions. D’un côté, la visibilité mentale ; de l’autre la plongée spirituelle.

            Toute la différence entre la culture et la structure. Celui, celle qui s’interroge sur l’être la perçoit-il (elle) ? Un Brouilly de l’année est peut être moins bon qu’une Romanée-Conti de sept ans d’âge. La lecture de l’étiquette, l’histoire des familles Romanée et Conti, le terroir avec sa composition et son exposition… Bref, tous les savoirs que je peux accumuler avec l’intellect ne valent pas une goulée fraîche du jeune Brouilly. Pas de chance ! La tradition française nous pousse, dès notre jeune âge, à considérer les connaissances comme des territoires mentaux, où il fait bon respirer, marcher et vivre. Notre admiration pour l’Encyclopédie des Lumières révèle suffisamment cette idolâtrie du savoir.

            Nous sommes des « humanimaux », comme le disait en souriant mon maître Daniel Beresniak. En bas, pour prendre un mode de repérage facile et hasardeux, le monde des fonctions vitales et des instincts animaux, telle la reproduction qui garantit la survie de l’espèce. Au-dessus, la structure qui est dépositaire des archétypes, des trames psychiques, de l’inconscient collectif. La structure traverse les lieues et les siècles, comme je le précise dans le Cahier éponyme. Elle réside dans le Soi, au sens de Carl Gustav Jung ; à savoir l’ensemble du psychisme : la conscience, l’inconscient personnel et celui, collectif, où se trace la spiritualité. D’aucuns parleraient de supraconscience[1].

            La culture, elle, varie avec l’espace et le temps, les pays et les époques. Elle est transitoire. Ne nous savons-nous pas que les civilisations sont mortelles ? A chacun de s’adapter au mieux avec la culture donnée qu’il lui est demandé de partager. C’est faire émerger et se formuler sa propre lecture, très fugace.

 

            Les 4/5èmes des ouvrages sur la Maçonnerie traitent de la culture de ce mouvement. Avec des thèses farfelues sur son origine culturelle, les Égyptiens, et pourquoi pas Adam ! Comme avec des précisions historiques de grande qualité dans leur ordre. Les historiens sont aujourd’hui des auteurs très documentés et fort soigneux. Ou bien ce sont des ouvrages encyclopédiques, des dictionnaires sur les arcanes, les ritèmes[2], les symboles et les mythes. Encore que ceux-ci, à la différence des thèses historiques, commencent à entrer dans le vif du sujet. Oui, il s’agit bien du sujet, le Franc-maçon ! Ces deux sortes d’ouvrages plaisent beaucoup ! Ne répondent-ils pas au goût encyclopédiste et universitaire qui nous pénètre dès la CP ? Mais ils font peu pour la croissance et l’épanouissement spirituel. La Voie, elle,  se met en route dans un type bien particulier et précis de rencontres, les tenues maçonniques. Elles qui plongent dans la structure, dans l’inconscient collectif ; cet inconscient que nous partageons nous tous, humains et qui, avivé en tenue par les arcanes et les apports, nous placent, sans ambages et sans décret, dans la fraternité. Cette fraternité qui est l’alpha et l’oméga de la Voie maçonnique. Elle l’a toujours été, et n’appartient à aucune culture précise ; car la fraternité s’appuie sur notre empathie naturelle, comme le démontrent aujourd’hui les neurosciences et les découvertes récentes sut les émotions comme pierres de fondation du mental.

            La Voie maçonnique s’étage aux quatre niveaux : celui de la nature qui nous pousse à haïr et à aimer,  à nous sentir en sécurité ou à avoir peur, à vivre enfin, dès la naissance, la peur terrible et le plaisir extrême, pour évoquer quelques empreintes psychiques fondamentales qui nourrissent le rite, quelle que soit les dénominations particulières. Au-dessus, pour ainsi dire, la structure des démarches de croissance personnelle. La Voie maçonnique en est une. Surtout telle qu’elle se dessine aujourd’hui dans la Franc-maçonnerie de style français[3] ; celle pour laquelle je propose la finalité : une spiritualité pour agir. Le génie de notre Voie[4] articule en effet trois éléments que l’on retrouve dans quasiment toutes les sagesses, les initiations, les spiritualités pour peu qu’on les dénude et  les débarrasse de leur vêtement culturel[5].

Notre Voie c’est un rite de passage, un parcours de sagesse aux phases mêlées et un engagement citoyen. Elle est une merveille de la culture occidentale, mais va plus loi encore : sa structure est universelle qui lie ces trois éléments. Et ça, c’est un joyau de la pensée humaine ! Je renvoie pour une plus ample présentation aux autres Cahiers, qui font le point sur l’état actuel de l’Art royal, dans sa version latine.

            Orienté par une spiritualité pour agir, déjà annoncée au début du XXe siècle, l’Ordre tel que les ¾ d’entre nous le pratiquons, accélère aujourd’hui, sa mutation. Les Cahiers sont autant de regards sur cette évolution. En particulier, celui que tu tiens en main ou sur écran, vise à soumettre à ta sagacité, ma perception du « Vivre ensemble la Loge ». Je t’emmènerai, si tu le veux bien, sur les sentiers des sciences humaines et des parcours spirituels. A toi de te prononcer en liberté absolue de conscience. Je ne craindrai pas de mêler mon enthousiasme, aux explications plus austères. En quelque sorte, à faire vibrer le parcours maçonnique avec quelques frissons. Ceux du mystère, du secret, des ténèbres profondes et de la lumière intime. Comme ceux de l’altruisme, de la fraternité ; bref, des émotions. Je t’inviterai à les encadrer, soit au titre de « misères », pour les faiblesses actuelles de notre Voie ; soit au titre de « splendeurs », quand nous disposons d’un atout spirituel sérieux, en main. Tu pourras ainsi prendre un peu de recul et te prononcer : comptes-tu les mêmes misères et les mêmes splendeurs ? Tout au long des pages. Voyons maintenant le mouvement général du livre.

 

            La première partie est centrée sur nos valeurs actuelles, celles du passé et celles qui commencent à nous animer. Sans craindre d’évoquer la manière avec laquelle la Voie nous aide à affronter et à assumer les tabous profonds du psychisme humain. Il sera alors possible, dans une deuxième partie, de montrer l’abîme qui existe désormais, entre les présupposés chrétiens, qui furent notre berceau, et ceux actuels de la Voie, pour peu qu’on explore bien les fondations imaginaires du Temple maçonnique[6]. La troisième partie frissonnera un peu plus puisqu’elle évoquera notre rôle de passeur de lumière. Les émotions, la créativité, l’intuition seront de la revue. Enfin tu pourras terminer ta lecture en dépouillant de ses vêtements culturels ce groupe particulier qu’est le groupe-Loge. Tu auras le loisir alors de t’émerveiller devant ses attendus et ses choix qui font de TA Loge, la réunion de ce qui est épars.

 Mener sa quête vers les valeurs, en trois enjambées

 

Des tabous au renouveau de l’éthique



[1] « Supraconscience » - siège, tremplin et terrain d’envol de la spiritualité pour la psychosynthèse de Roberto Assagioli. Je consacrerai un livre sur la lecture et l’optimisation de la Voie, selon cette approche du psychisme humain.

[2] « Ritème » - Néologisme pour signifier « élément simple d’un rituel, à vocation symbolique ». Le signe, la batterie, la circumambulation sont des ritèmes.

[3] La Franc-maçonnerie anglo-saxonne, théiste et cérémoniel s’est figée en 1813, et n’a pas évolué depuis. Peu de choses à voir avec la branche latine, particulièrement représentée en France qui, au cours de son évolution a engrangé des éléments structurels essentiels, comme le cabinet de réflexion, le tableau de Loge, l’office d’Orateur, les planches….

[4] Je mets une majuscule d’admiration.

[5] Voir sur ce point de l’universalité de la Voie maçonnique, mon livre Les rites de passage des Dogons aux Francs-maçons. L’Harmattan 2013 ; ainsi que plusieurs   Cahiers. maçonniques de Jacques Fontaine.

[6]  Les Francs-maçons se réunissent dans une Loge et non un Temple, même si un usage plus récent confère cette dignité au local. C’est un contresens. Car le Temple est quelque part, dans le supraconscient, en un autre espace-temps que la Loge